13 janvier 2012

Parlez-moi de vous - Film de Pierre Pinaud

Nicole Croisille parlait de lui, Pierre Pinaud, lui, parle d'elle.

Des confessions intimes :

Elle c'est Mélina (Karin Viard) une animatrice radio recevant les appels nocturnes d'auditeurs en quête de réponse par rapport à leur vie sentimentale. A la manière de Macha Béranger, elle les écoute puis leur donne du courage pour continuer (ou pas) leur histoire...

Une femme trop seule :

Mais quelle est l'histoire de Mélina allias Claire Martin ? Celle d'une femme élégante, maquillage et vernis glams, tailleur et talons aiguilles, vivant dans un somptueux appartement du 16ème avec pour unique compagnon un chien. Celle de la vieille fille dans toute sa splendeur mettant de l'ordre sur son bureau, dans ses cheveux, redonnant vie aux chignons de Grace Kelly. Cette vie rangée semble lui convenir, pourtant il lui manque un seul repère : sa mère.

La lettre :

Un jour, elle reçoit une lettre indiquant l'identité de sa mère. Claire connait enfin son vrai nom. Elle décide de se rendre dans la banlieue où elle vit pour la rencontrer. Sans frapper, elle entre dans la vie de cette femme et celle de son entourage dont son petit fils Lucas (Nicolas Duvauchelle). Le choc des cultures est violent.

La révélation :

Devenue bénévole pour être auprès de sa mère (Nadia Barentin), bénévole elle aussi pour les petits frères des pauvres, elle l'interroge longuement pour comprendre la rupture, les raisons de son abandon. Même si les réponses se font attendre, Claire reste digne tout au long de cette histoire tragique, les larmes étant sans doute bien plus intérieures et la colère enfouie en elle ou dans son placard.

Mes passages favoris :

- Lorsque Claire se retrouve chez Lucas et nettoie le canapé avec son mouchoir avant de s'y asseoir. Dans cette scène le dialogue est absurde et du coup plutôt léger et très amusant.

- Lorsque Claire est en voiture avec sa mère pour l'accompagner à l'hôpital. Elle lui parle et ne voit pas le feu rouge mais sa mère lui dit : "Attention" et elle pile. Ici, le gros plan sur le visage de Karin Viard indique presque l'accident dans ses yeux.

- Lorsque Lucas montre ses photos à Claire dans le restaurant japonais, elle s'aperçoit au travers de visages et de lieux sordides de ce à quoi elle a échappé.

- Par ailleurs, je tiens à souligner l'accord parfait entre les scènes et la musique du film.

Ce film  est très touchant de par son sujet grave mais surtout par le jeu singulier et remarquable de Karin Viard. Bravo.

NB : Pierre Pinaud était mon professeur de cinéma au cours Florent. C'est lui qui m'a enseigné les rudiments pour jouer devant une caméra. 8 ans plus tard, il sort son premier long métrage et je constate qu'il est resté fidèle à ce qu'il nous a enseigné.

Parlez-moi de vous, film réalisé par Pierre Pinaud avec Karin Viard, Nicolas Duvauchelle et Nadia Barentin (disparue quelques mois après le tournage).

07:28 Écrit par julesbeau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

29 décembre 2011

Le Havre - Film de Aki Kaurismäki

Le Havre

L'histoire se déroule en Normandie, dans le célèbre port nommé Le Havre...

Et s'il était en train de vivre le sujet de son prochain roman ? Marcel Marx (André Wilms), ancien écrivain bohème devenu cireur de pompes (associé à son ami Chang), cache dans sa petite maison de sa petite rue un jeune africain clandestin prénommé Idrissa. Kati Outinen, allias Arletty, (femme au visage criant de vérité) joue l'épouse parfaite que tout mari rêverait d'avoir. Elle tombe malade subitement et doit être hospitalisée pendant plusieurs semaines pour une pathologie grave. L'inspecteur Monet, sensé représenter la morale et l'ordre dans ce port, agit d'une manière plutôt singulière pour mener l'enquête et retrouver le petit Idrissa... C'est pour moi un personnage délicieux incarné par Jean-Pierre Daroussin. Mais il y a aussi Yvette, la boulangère qui est extra, le marchand de légumes et la patronne du bar du coin aussi, même ses clients sont exquis, tous amis solidaires unis par le secret. Le Havre est présenté là comme un tableau. Les acteurs sont au cinéma mais filmés comme au théâtre dotés d'une diction parfaite. Tout semble surréaliste, parfois absurde et anachronique : du mobilier des années 50 à la robe jaune d'Arletty en passant par le cache-pot d'Orchidées trouvé "sans doute" chez Ikea...On avance dans l'histoire à pas de velours. Idrissa ne doit pas être trouvé. Nous devenons alors complices de ce secret tout comme l'inspecteur le devient (malgrè sa fonction). Mais ce dernier est-il vraiment celui qu'il prétend être ? Embarquez pour Le Havre et vous ne tarderez pas à le savoir !

Le Havre, film réalisé par Aki Kaurismäki, avec : André Wilms, Kati Outinen, Jean-Pierre Daroussin, Blondin Miguel.

08:47 Écrit par julesbeau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

24 décembre 2011

Un prénom Julien et une voix en cadeau de Noel

Quand un adulte revoit une vidéo de Noel de son enfance et en fait le commentaire trente ans plus tard...ça donne à peu près ça :

Quand je revois cette scène, c'était sans doute dans les années 80, j'avais peut-être 5 ans ou 6 ans...

Moi je suis né en 1974 et c'est un chiffre qui m'a toujours plu, je ne sais pas pourquoi...peut-être parce qu'il est placé sous une bonne étoile, dans mon oreille uniquement. Je trouve que c'est une date, une année qui sonne bien. Je m'appelle Julien et je suis tellement fier de porter ce prénom. Je remercie toujours ma mère de me l'avoir donné, de me l'avoir offert comme un cadeau, mon père aussi sans doute que je ne vois plus a choisi le prénom... et c'est très curieux parce que lorsque je regarde ce film, au lieu de penser à ma propre existence, à mon propre passé, je ne peux pas m'empêcher de faire un parallèle avec le premier court métrage d'Olivier Py intitulé Méditerranées. C'est comme si je dérobais, j'usurpais son identité, parce-que j'aime sa façon de commenter les images et j'aimerais faire de même mais je ne suis pas Olivier Py et Olivier Py n'est pas Julien Flores, et pourtant j'ai l'impression d'une superposition de voix et de situations très similaires que nous avons vécu pendant notre enfance...Et je comprends quand je regarde son court métrage qu'il disait être heureux et en même temps, il y avait toujours une part de, je ne peux pas dire de désespoir, car peut-être qu'un enfant ne sait pas ce qu'est le désespoir et heureusement...surtout dans les vies que nous avons eu, une enfance protégée voire dorée. Et au passage je souligne que certains enfants vivent dans une rue et n'ont pas de cadeau donc je ne peux pas me plaindre. C'est juste un constat, juste une photographie de mon passé, de mon existence...et je crois que les pires souffrances d'un enfant sont celles qu'il ne connaît pas. Alors là, imaginez que je vous parle avec cette voix monotone qui est la mienne, qui fait partie de moi et en même temps qui a été quelque peu fabriquée. Quand j'avais onze ans, je commençais le Théâtre, la passion de ma vie. Je pense que je serai devenu un immense acteur au sens où j'aurais été reconnu par le public et la critique, ma famille, mes amis, enfin par tous les gens intelligents...Et puis, un jour, je me suis abîmé les cordes vocales. J'ai trop crié sur les planches en jouant des textes dramatiques. Aujourd'hui en y repensant, je me dis que si cette voix s'est brisée, ce n'était peut-être pas par hasard mais parce-que elle m'alertais sur ce que je devais taire depuis tant d'années : ma similitude avec les autres, physiquement, j'étais bien un garçon quoique très fin, et la différence considérable avec les autres, avec ceux que je fréquentais qui aujourd'hui sont sans doute mariés à des femmes. Eh bien moi j'étais un Hôtre. Quand je parle de cela, il n'y a aucune haine. J'assume ce que je suis et c'est, je crois, une chance de voir la vie de deux manières : avec les yeux d'un homme, avec les yeux des femmes qui m'entouraient puisque j'ai toujours été accompagné de femmes; une cousine, une grand-mère, une soeur, une mère. J en'avais qu'un beau-père nexistant et un père que je voyais par intermittence les week-end...Ce qui a été une faiblesse, c'était ma gentillesse et ma tendresse. Quand j'allais chez mon père, je m'en souviens, il ne voulait pas que je porte des cheveux dressés sur la tête et des jean's déchirés. Et quand je revenais chez ma mère, il fallait que je redevienne quelqu'un de "marginal" puisque j'évoluais dans un monde d'artistes chez elle.

Aujourd'hui, j'ai deux pendants : je suis un garçon qui aurait voulu avoir l'argent nécessaire pour pouvoir rester bourgeois et en même temps tout le mental et l'intellect (pas encore assez développé) d'un artiste pour pouvoir avancer et créer. Mais il n'en est rien ! A l'aube de mes 38 ans, je ne travaille plus depuis un an, je n'ai plus vraiment d'ambition à court terme si ce n'est celle d'écrire et d'inventer des scénari de films. Je n'ai plus l'argent que j'aurais pû avoir. Ma vie s'est comme décalée, elle m'a échappée à un moment donné, je ne sais plus quand ni pourquoi...Ceci dit, je suis heureux ! A mes côtés, quelqu'un est venu comme un...un accompagnateur et je suis certain que la vie m'a mis cette personne sur mon chemin parce-que c'était comme ça et vraiment, je pense que ma vie amoureuse est écrite depuis le début jusqu'à la fin... Bien entendu je ne suis pas du tout à la fin, j'espère vivre encore des années et des années car j'adore la vie. J'ai la chance d'avoir des amis et des amours très fidèles qui se reconnaîtront vite, à part un seul (dont je ne parlerai pas).

Là, nous sommes le matin, je vis toujours dans le sud au RDC d'un immeuble de plusieurs étages bénéficiant d'un petit jardin. La phrase précédente n'a aucune importance. C'était juste pour m'improviser Olivier Py. Quand je dis cela, c'est peut-être un manque de personnalité mais finalement chacun s'inspire, respire de l'autre. Mais Olivier Py m'inspire par la voix et ... Elle est tellement forte, la ponctuation est tellement bien plaçée que j'aimerais avoir la même...Et petit à petit, j'ai l'impression de poser un calque sur sa voix pour y installer la mienne jusqu'à ce que les deux voix se rassemblent pour ne former qu'un son, des mots, presque une musique lacinante et monocorde mais qui, finalement, me convient. C'est Ma voix, c'est Sa voix; c'est la voix que j'accepte désormais. Alors c'est très curieux que je fasse cette expérience avec un dictaphone ce matin en sachant que j'ai beaucoup de mal à me lancer dans l'écriture et pourtant l'écriture c'est pour moi quelque chose de, presque magique, et je pèse mes mots. Bien souvent lorsque j'écris dans l'atelier auquel je participe tous les vendredis, ma plume est emportée par mon esprit et mon esprit est lui-même presque manipulé par une force qui m'échappe... D'ailleurs mes textes ressemblent beaucoup à des histoires surréalistes. Très souvent, mes personnages, les situations ne sont pas des personnages ou des situations du monde réel. J'ai tellement besoin de m'évader, de magie dans ma vie et cette magie n'arrive jamais...

Olivier Py est là, je pense de nouveu à son court métrage et il me semble que cet homme me ressemble beaucoup ou plutôt c'est moi qui lui ressemble. En tous cas, il est certain que nous nous ressemblons par certains côtés. Quand j'ai vu ce "reportage", ça m'a fait pensé à quelque chose. Ma mère, quand nous étions enfants (ma soeur A. et moi), ou quelqu'un d'autre de la famille avait filmé un soir de Noel où j'ouvrais les cadeaux avec ma soeur et j'avais l'air content et en même temps je n'étais pas si content que ça. Pourquoi ? Parce que les cadeaux que je voulais c'étaient ceux de ma soeur et pas les miens... Et c'est terrible un enfant qui n'a pas les cadeaux qu'il veut pour Noel ! Mais comment l'exprimer ? On sait pas, puisqu'on est enfant, on sait qu'on est différent c'est-à-dire qu'on est un garçon et pas une fille et pourtant on a envie de jouer à quelque chose d'autre que des voitures ou des jeux de construction en bois. Tout ça, ça ne m'intéressait pas. Moi, j'avais envie d'Art, de création... Plus tard je suis devenu comédien et aujourd'hui, je vais tenter de réaliser mon premier court métrage à partir de ce passage de mon enfance. Joyeux Noel.

 

09:29 Écrit par julesbeau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |